Après le podium (15h30), cérémonie de clôture (16h) puis direction l'hôtel, réunion d'équipe et ensuite les valises pour aller à l'aéroport. Pas de temps mort. C'est ça la vie d'athlète de haut niveau !
Cyrille me transmet un SMS pour me faire part qu'il essaiera de me contacter par téléphone à l'embarquement de l'avion.
Mais demain, le pompier Carré ne sera pas au rapport ; le vol est annulé !
Aux environs de 18h, de retour à l'hôtel, Cyrille fini par me joindre, il est heureux et rassuré.
Heureux d'être avec le groupe, heureux de retrouver cette ambiance, heureux de voyager et découvrir ces paysages chaque fois nouveaux et si différents de notre territoire... il voudrait même partager ces instants avec ses proches. Vous reconnaissez ce sentiment de bien être ?
Il est rassuré aussi parce qu'il a pu retrouver ses marques, ses repères.
« A la veille des courses, j'avais un sentiment de fatigue. J'ai trouver la forme quand il l'a fallu !, je me sent bien. Je me suis amusé et j'ai osé ».
Son but n'était pas de gagner coûte que coûte mais de produire le meilleur, de tenter des choses.
« Pour mes courses, j'ai effectué des débuts très offensifs pour être le second voire même le premier. »
C'est d'ailleurs ce qu'il a fait au 5000m mais il y avait deux grosses pointures : l'Allemand et le Norvégien. Il les laisse mener et emmène un deuxième groupe pour le lâcher vers la fin.
« J'ai manqué de relance par manque d'entraînement... je n'ai pu rattraper le binôme de tête ».
Il est vrai que pour son intégration professionnelle, Cyrille manque d'entraînement spécifique. Il retrouvera cette organisation d'ici quelques mois.
« Peut-être aurais-je dû accélérer plus tard ?... »
« C'est frustrant mon niveau peut être supérieur, je le sais »
Mais bon... c'est ainsi et c'est même très bien puisqu'il arrive 3ème. La première marche n'est qu'à deux pas. C'est une belle performance.
En raccrochant mon téléphone, j'avais le sentiment que Cyrille est à l'image de son dicton favoris : « vivre l'instant présent »... c'est un ravissement, je le laisse enchanté de son séjour.
V.P.
Un grand merci à Alain Urban pour les photos
STÉPHANE BOUCHÉ
Le Kinésithérapeute – Ostéopathe
1- Stéphane, dans une équipe de compétition il existe une personne dont on parle très peu ! Vous en faites parti, pouvez-vous nous en parler ?
Nous intervenons selon deux modes :
les masseurs kinésithérapeutes qui interviennent sur le lieu de la compétition
et ceux qui travaillent en cabinet
Pour ma part, j’interviens auprès de Cyrille dans le cadre de mon cabinet, tant en kinésithérapie qu’en ostéopathie. D’autres collègues fédéraux le suivent durant ses compétitions ou ses stages d’entraînement.
2- Hormis le rôle de réparateur physique, peu de gens connaissent les autres rôles du Kiné : être le confident ; le refuge de l’athlète (tant sur le plan physique que moral). C’est un lien souvent ignoré ou survolé par l’entraîneur, pouvez-vous nous en parler ?
Outre le rôle de réparateur physique, nous avons en premier lieu un rôle de prévention, de conseil et d’écoute.
La notion de réparation du corps chez un sportif de haut niveau est déjà une forme d’échec ; la blessure étant un frein à la performance.
Etre le confident : bien naturellement. Le Masseur Kinésithérapeute n’exige pas du sportif une performance à l’inverse de l’entraîneur. Le sportif n’est pas remis en cause lors des séances de rééducation sur le plan sportif…Rare moment pour
l’athlète où il peut se confier sans avoir à se justifier. Il n’y a pas de notion de hiérarchie : on échange tout simplement, sans ambiguïté.
3- Il y a aussi un rôle ingrat parfois ! Hormis la fonction de réparateur du corps, vous avez un rôle de sanction, c’est à dire que vous ordonnez un arrêt momentané du sport afin de soigner la blessure sportive. Souvent il est difficile de l’entendre, du point de vue de l’entraîneur ou même de l’athlète.
Le rôle du soigneur est souvent ressenti par le sportif comme une « sanction », du fait de l’éloignement des terrains et de l’activité sportive, dû aux délais de cicatrisation ou de récupération propre à tout individu.
En effet, et c’est là toute la divergence entraîneur / soigneur, entre le bien être ou la récupération physique d’un athlète et les objectifs à atteindre. Malheureusement trop de sportifs, à mon avis, négligent leur corps au profit d’une éventuelle performance.
4- Le kiné est rarement mis en valeur. Ressentez-vous une certaine frustration du fait que l’on n’estime pas ce rôle qui est important, voire primordial ?
On ne parle pas assez de ce rôle important voir primordial
De ce rôle de prévention
Frustration est un mot fort mais qui traduit une réalité. Nous sommes des acteurs de l’ombre.
Premièrement, jamais les médias ni les entraîneurs ne mettent en avant les heures passées par les soignants, surtout dans certaines disciplines.
La notion de soins s’entend avant, pendant et après la compétition, très souvent à des heures tardives. Je pense au cyclisme par exemple.
Deuxièmement, en cabinet, nous ne faisons pas partie du staff ; aucune communication ne s’établit entre les différents acteurs gravitant autour du sportif. C’est bien dommage.
Or le rôle de prévention est primordial. Un sportif blessé engendre systématiquement une baisse de la performance.
5- Sans bien-sûr dévoiler de secrets médicaux, comment quel fonctionnement avez-vous avec Cyrille ?
Cyrille est un athlète qui est très sensibilisé au fonctionnement de son organisme. C’est lui qui me contacte quand le besoin s’en fait sentir tant sur le plan physique que psychologique. C’est très important cette sensibilité. Cela nous permet d’avoir des actions très spécifiques en ostéopathie de réajustement ou en kinésithérapie plus généraliste, bien avant que la lésion ne devienne plus importante.
En conclusion, quels conseils ou recommandations prodigueriez-vous aux athlètes et entraîneurs ?
D’être à l’écoute l’un de l’autre et de ne pas négliger l’aspect nécessaire de la prévention.
Etre performant, c’est déjà ne pas être blessé ou fatigué.
Alain, vous êtes l’entraîneur de Cyrille tout au long de l’année. Vous étiez présent à Pékin pour soutenir l’équipage et leur apporter les derniers conseils…Comment s’est passé votre intervention en Chine ?
En effet, je suis l'entraîneur de Cyrille depuis 2002 et les jeux olympiques de 2008 étaient un objectif précis. En Chine, je n'ai pu faire aucune intervention hormis quelques sms de soutien et soutenir l'équipage en pensée seulement car j'étais à l'écart de la préparation visuelle. Donc aucune possibilité de me rendre compte de la valeur réelle du bateau. Aucune possibilité d'apprécier la vitesse de celui-ci.
Après une 3e place en séries où les Français veulent gérer tactiquement, ces derniers semblent s’écrouler en finale où le niveau des bateaux s’est élevé considérablement.
A l’arrivée : 7e place de la finale, Allemagne 1er…. Comment analysez-vous leur course ?
La série était semble-t-il bien gérée. En effet, le bateau semblait dans de bonnes conditions sauf que cela me paraissait très laborieux! ( J'en ai d’ailleurs fait part à Cyrille le soir-même). En finale, le bateau ne s'est pas écroulé, il a reproduit la même course qu'en série! Les autres bateaux haussent le ton en finale et c'est normal (de 2 à 4 secondes), ce n'est pas un scoop mais pour cela il faut en être bien conscient et pouvoir le faire. L'analyse du K2 français est très simple : « bateau bridé ».
Pensez-vous que leur niveau était réellement inférieur aux équipages qui montent sur le podium ? N’y a-t-il pas eu un petit manque de folie de la part des français pour faire renverser la tendance ? (On voit les Hongrois s’engager dans une course folle en tête, puis craquer ; les Allemands, restés au contact, attendent pour placer au moment opportun une attaque foudroyante, posant ainsi les Hongrois et autres bateaux.) Les français ne manquaient-t-ils pas de stratégie offensive, vis-à-vis de leurs homologues étrangers qui eux avaient fait le choix d’attaquer d’entrée de jeu plutôt que de rester passif ?
Non leur niveau n'était pas inférieur! La folie a ses limites dans le haut niveau à moins d'être suicidaire ou d'avoir une sacré bonne étoile ce jour-là! Les Allemands avaient bien programmé leur course et ils ont su la restituer au bon moment! Les Hongrois, c'est leur style mais ils ont eu peur des Français (je le pense) et c'est pour cela qu'ils ont voulu les asphyxier au milieu du bassin, afin de prendre de l'avance craignant leur retour ! Concernant la stratégie offensive du K2, cela fait 8 mois que j'en parle mais pour l'employer ou l'appliquer il faut le vouloir et surtout la travailler!
Comment vivez-vous ce résultat ? On imagine une grande déception pour vous comme pour Cyrille. Un
sentiment d’impuissance face à la concurrence étrangère peut-être ?
Ce résultat, (si je réagis comme tout le monde), on se contente de la finale et de la 7ème place et c'est bien! J'ai même entendu que leur participation était déjà super!! Vu sous cet angle
OK.
Pour moi, c'est raté!! Il y a eu de vrais erreurs d'appréciation de niveau de préparation. Je pense que les seuils de départ ont été évalués bien trop bas. Je m'explique :
Si en préparation terminale, on évalue les seuils en 3'18 (temps prévu sur 1000m) à la fin du stage, on ne pourra sûrement pas faire 3'10 mais peut être 3'16!
Par contre, si dans les mois précédents on revoit à la hausse le niveau à 3'14, on arrivera peut-être à 3'10 en finale!
Malgré tout cela, c'est toujours aisé de faire de grandes stratégies après course mais…? Les faits sont là et nous ne sommes pas en course de clubs!
Pour le sentiment d'impuissance je ne l’ai jamais eu!! Mais pour le travail mal fait oui en effet.
Pour Cyrille, il est jeune et puis c'est une génération 2012! Il a tout l'avenir devant lui, en espérant qu'on le comprenne bien ( n'oublions pas le passé) et qu'on lui permette de s'exprimer à sa juste valeur. Notre projet était dans les 5 premiers aux championnats du monde de 2007 avec une médaille en 2008 et un titre en 2012. Le chemin n'est pas toujours une autoroute bien droite et heureusement.
Cyrille va continuer avec sérénité et efficacité!
Ses amis, le comité de soutien et les supporters de Cyrille ont toujours été présents à l’encourager, à le soutenir dans ces épreuves difficiles. Cyrille est un sportif apprécié de tous, les habitants de Mailly-la-ville son village natal, ses supporters présents partout en France dans le monde du canoë-kayak, mais aussi ses partenaires qui font équipe avec lui sur tous les fronts, et aussi ses parents qui l’entourent. C’est positif tout ça…Et à priori ce n’est pas prêt de s’arrêter, il y a Londres 2012 !?
Concernant la dynamique qui s'est générée autour de Cyrille, c'est assez exceptionnel! Je ne remercierai jamais assez tous mes amis qui se sont engagés dans cet objectif et dieu sait si je connais bien les efforts et les contraintes que l'on doit déployer pour cela. Cyrille est un homme rare et c'est un privilège de le connaître et de le côtoyer! Qui plus est de l'entraîner. Par contre la fidélité se voit dans le temps et non les derniers jours avant l'échéance. L'efficacité se construit tranquillement dans les projets à long terme. on voit ses vrais amis dans la difficulté alors nous verrons bien…?
Dans le monde du canoë-kayak, il y a de bons amis mais pas mal d'ennemis aussi! Mais qu'ils continuent car cela motive bien!
Tous les partenaires sont de vrais amis, fidèles, qui ont dépassé le stade du partenariat Ils se reconnaîtront, merci encore mes amis « l'amitié est un bien précieux qui doit rester à vie »
Merci de votre confiance, merci de votre fidélité et de votre amitié. Cyrille en aura encore bien besoin!!!!
En effet, il y a Londres 2012 et c’est bien programmé.
Justement, en parlant de Londres 2012… Cela va arriver vite… Avec plein d’autres défis dans la foulée et surtout des évènements en France de grande importance: les championnats d’Europe de marathon en 2011 à St Jean-de-Losne, une coupe du monde en 2010 et ensuite les mondiaux de course en ligne à Vichy en 2011… et puis tout de suite après les Jeux de Londres. Cyrille aura 28 ans, l’âge d’expérience et de raison pour les athlètes sportifs dans le canoë-kayak. Alors avec ce programme alléchant, forcément cela donne envie de continuer et de vivre encore des moments riches en émotion en tant qu’entraîneur…et donc pour une prochaine olympiade ?!
Les années en effet passent bien vite! Les défis, on en trouve partout. Pour Cyrille, son premier défi est de bien réussir sa formation professionnelle! Pour le reste ? Les courses en France? Il a les clefs de son avenir entre ses mains!
Quel avenir envisagez-vous ? Avec Cyrille ? Sans Cyrille ? Pour vous, peut-être que les objectifs n’ont pas été entièrement atteints. N’avez-vous pas l’envie qui vous démange de repartir pour une nouvelle olympiade ?
La situation est très claire : je ne recommencerai jamais plus dans les conditions actuelles de fonctionnement Français ! Il est inconcevable et insupportable de préparer des athlètes pendant 6 ans et ne pas pouvoir les suivre aux jeux olympiques ! Ou même encore aux championnats du monde, aux championnats d'Europe. Nous avons un système mal fait, c'est trop facile de récupérer le bénéfice du travail des autres. Par contre si cela va mal, c'est facile de dire que l'on ne s'entraîne pas correctement.
Je voudrais que l'on prenne bien conscience de la situation pour le futur. Mais j'ai peu d'espoirs. Car on doit se remettre trop en question.
Par contre, cette année avec François During, nous avons malgré tout essayer de faire au mieux pour nos athlètes.
Quitter Cyrille est un déchirement moral, mais si on en croit la fédération, il se trouve de très bons entraîneurs sur le marché actuellement donc je ne suis pas inquiet…?
Pour ma part, je vais déjà passer une année de repos, me consacrer à ma famille, à mes amis et réfléchir!
Encore merci à tous!!!!!!!!!!! Que les dieux vous gardent !
Alain, l’entraîneur de Cyrille, est quelqu’un d’exceptionnel. J’en sais quelque chose puisque j’ai été son équipier de canoë
biplace à la fin du siècle dernier quand on était jeunes et beaux. Nous avons partagé tant de choses. Il m’a beaucoup appris et j’ai gardé de cette période un grand
respect pour lui.
Exceptionnel pourquoi ?… Parce qu’engagé à 200% dans son métier comme dans ses projets : sport militaire, canoë, moto, parachutisme, raids, entraînement - le sien puis celui des autres - et j’en passe car je n’ai pas tout suivi…
C’est un leader orienté vers l’excellence. Il recherche l’efficacité et la perfection et, à ce titre, il est très exigeant envers ses athlètes et son entourage mais c’est pour la bonne cause. Il a compris qu’il n’y avait pas d’aventure humaine sans engagement et sans sacrifices. C’est-ce qu’il enseigne à ses "élèves" . Il n’est donc pas toujours facile de le suivre !
Comme indiqué dans un précédent article du blog intitulé « un entraîneur atypique » daté du 20 juillet dernier, nous avons, Alain et moi, fait œuvre commune pendant 2 olympiades - celles de Montréal 1976 et de Moscou 1980 - en passant par une médaille mondiale à Mexico en 1974. Cela créé des liens !
Après une seconde carrière - celle-ci professionnelle et chacun de son côté - nous nous sommes rapprochés en ce début de vingt et unième siècle dans le cadre d’une autre aventure. En effet, après le nautisme, c’est aujourd’hui la navigation aérienne qui nous amène à nous rencontrer pour sillonner de temps en temps le ciel bourguignon.
A pékin, en cette fin de mois d’août,
j’espère qu’Alain rencontrera le nirvana des entraîneurs car il le mérite vraiment
… CONCLUSION POUR CYRILLE.
Alors Cyrille, tu vois ton histoire qui commence, déjà consistante, s’inscrit dans un ensemble
d’histoires humaines qui s’entremêlent et s’enchaînent. Celles-ci sont riches d’enseignement et permettent à chacun de se construire en tenant
compte de l’expérience des autres, autour de valeurs communes. Ce que j’aimerais que tu retiennes de notre parcours à Alain et à moi, c’est
l’engagement - le respect et l’amitié. Ce que tu vis n’est que le début d’une véritable aventure humaine ! Savoure chaque instant et tire le
meilleur de toi-même pour toi et pour ceux qui t‘entourent. On en reparlera…
Jean-Paul Cézard
Ministère des sports
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